Investir dans les trackers

Si la dernière crise financière dont nous commençons à peine à sortir a montré la fragilité de notre équilibre économique, elle a également mis en évidence les risques d’investir sur le marché boursier, tant l’évolution des valeurs cotées sur le marché est difficile à appréhender. Dans ces périodes d’instabilité, au cours desquelles les événements macroéconomiques définissent la cote d’un titre plus que les résultats de l’entreprise, des produits d’investissement composites, baptisés « trackers », répliquant les performances de grands secteurs économiques, séduisent de plus en plus d’acheteurs. Une bonne occasion de faire le point sur ces produits financiers pas comme les autres.

Vous avez dit trackers ?

Le tracker, appelé également OPCVM (Organisme de placement collectif en valeurs mobilières) indiciel, fonds indiciel coté ou encore ETF (Exchange Trade Funds), est un titre investi en valeurs mobilières qui présente la particularité de reproduire fidèlement l’évolution d’un indice et en principe des valeurs qui le compose. Les trackers sont négociables sur le marché boursier dans les mêmes conditions qu’une action. Ils peuvent être achetés au comptant et au SRD (service à règlement différé) si les entreprises qui composent l’indice font partie des plus importantes du marché parisien. Certains trackers sont également éligibles au plan d’épargne en actions, permettant ainsi une défiscalisation des plus-values réalisées. De même, certains contrats d’assurance-vie, comme ceux proposés par des « banques en ligne », permettent d’investir sur ce type de produit. Les trackers étant composés d’actions, ils donnent aussi droit à un versement de dividendes.

Les différents types de trackers

Si tous les trackers ont en commun de répliquer l’évolution de valeurs dites de support, ils peuvent être très différents. Ainsi trouve-t-on près de 500 ETF cotés à Euronext Paris et classés en quatre catégories.

Les trackers sur indices de marché

Ces trackers vont reproduire les indices de marché d’actions (CAC, DAX, Dow Jones…), d’obligations, mais aussi des indices composés de valeurs mobilières appartenant à un même pays, une même zone géographique, ou un même secteur économique. La performance monétaire d’une devise peut également être répliquée par ce type de produit.

Les trackers sur indices de matières premières

Sans surprise, ces ETF permettent de miser sur l’évolution du prix de l’or, du pétrole, du blé, en utilisant comme support un indice basé sur les matières premières.

Les trackers sur indices de stratégie

Appelés également trackers « intelligents », ces ETF sont basés sur des indices ne prenant pas seulement en compte la valorisation boursière d’une entreprise pour estimer ses titres, mais aussi des données plus en rapport avec sa performance, comme ses marges, le montant des dividendes qu‘elle a pour habitude de verser à ses actionnaires, sa taille, sa valeur comptable…

Les trackers actifs

Dits de seconde génération (ou fonds structurés), les ETF actifs, s’ils sont toujours associés à un indice, ne se contentent pas, à la différence des autres trackers, de les répliquer servilement. On va ainsi trouver des ETF suivant une orientation inverse de l’indice sous-jacent, d’autres limitant les risques de perte du capital, ou au contraire amplifiant son exposition en appliquant un effet multiplicateur aux variations de l’indice de référence.

La souplesse d’une action

L’achat d’un tracker permet de réaliser un placement dont l’évolution va correspondre à celles de plusieurs dizaines de valeurs, et ce pour le prix d’une simple action. Pratiquement, les trackers sont disponibles sur le marché boursier dans les mêmes conditions qu’un titre d’entreprise. Ils sont cotés sur Euronext Paris de 9 h à 17 h 25 (clôture du carnet d’ordres à 17 h 30) et tous les types d’ordres acceptés pour les actions le sont également pour les ETF. On peut ainsi vendre ou acheter des ETF « au prix du marché » (ordre exécuté en priorité sans limite de prix), « à cours limité » (fixation d’un prix minimal de vente et maximal d’achat), « à seuil de déclenchement » (l’achat ou la vente intervient au-delà ou en deçà d’un prix défini), et « à la plage de déclenchement » (l’achat ou la vente intervient dans une plage comprise entre un prix maximal et un prix minimal). De la même manière, la validité d’un ordre d’achat ou de vente d’un tracker peut être, à l’instar de celui d’une action, limitée à une journée (l’ordre s’il n’a pas été exécuté à la clôture de la séance, sera annulé), rester valide jusqu’à une « date déterminée » (définie par le donneur d’ordre dans la limite d’un an), ou encore soumise à « révocation », la encore dans la limite d’un an.

Limiter les risques

Aujourd’hui, sauf à disposer d’informations précises sur l’état d’une entreprise et sur la manière dont sa situation est jugée par les opérateurs financiers, il est bien difficile de prévoir l’évolution du cours d’une valeur. Dès lors, les actionnaires se voient chaque jour exposés à un retournement de tendance (positif ou négatif) sans, le plus souvent, être en capacité de l’appréhender. Cette situation, que certains comparent à celle d’un aveugle tentant de traverser une autoroute, est pour le moins inconfortable, d’autant plus que les « valeurs sûres » qui ornaient le fonds de portefeuille du « bon père de famille » d’antan ont montré depuis la dernière crise qu’elles n’avaient plus de « sûres » que le nom. Miser non plus sur une seule entreprise mais sur un secteur économique, ou sur les plus grandes sociétés d’un pays ou d’une zone géographique encore plus importante, présente l’avantage de limiter les effets de cette instabilité. Ainsi, l’évolution de son investissement n’est plus seulement le fait des performances d’une seule entreprise, mais de plusieurs dizaines, voire plusieurs centaines. Le risque (de perdre ou de gagner beaucoup d’un coup) est ainsi considérablement limité.

Attention
si les trackers sur indices de marchés ou sur indices de stratégie limitent les risques de l’investisseur en offrant les performances non pas d’une seule entreprise, mais de plusieurs, les ETF actifs à effet de levier doivent eux être regardés comme des produits purement spéculatifs. En effet, s’ils s’appuient également sur un indice, ils ne vont pas se contenter de répliquer son évolution, mais ils vont l’amplifier. Par exemple, lorsque le CAC 40 prend en une semaine 6 %, le tracker Lyxor ETF Leveraged CAC 40 (LVC) va de son côté bondir de plus ou moins 12 %, alors que dans le même temps, le tracker SGAM ETF XBEAR CAC 40 (BX4) va quant à lui abandonner plus ou moins 12 %. De telles amplitudes de cours dans des délais aussi brefs nécessitent un suivi régulier et l’acceptation de risquer tout ou partie du capital investi.

Pour mieux comprendre l’évolution de ses placements

Les trackers répliquent des indices boursiers qui eux, même, réunissent des entreprises intervenant dans un même type d’activité ou au sein d’un même marché. Leur évolution, du fait du grand nombre d’entreprises qui les composent et de leur cohérence, est en grande partie influencée par des événements politiques et macroéconomiques. Ces événements, à la différence des informations stratégiques des entreprises, sont le plus souvent connus et prévisibles (si ce n’est leur contenu, du moins leur date de diffusion). Ainsi, la tendance des valeurs « bancaires », des entreprises chinoises, du prix de l’or ou de l’indice du CAC 40, va en fonction des annonces des organes de régulation, de la tendance des marchés financiers étrangers, de la conjoncture géopolitique, être plus facile à « deviner » que celle d’une simple action. En outre, les trackers permettent aux spécialistes d’un marché (matières premières, automobiles…) d’investir via un seul produit dans un secteur dont ils connaissent bien le fonctionnement et les perspectives d’évolution.

Trackers et OPCVM

Même s’ils présentent un caractère composite et qu’il existe des OPCVM (Organismes de placement collectif en valeurs mobilières) intégrant dans leur fonds des ETF, les trackers doivent être distingués de ce type de placement collectif. À la différence des OPCVM portefeuilles de valeurs dont la gestion est prise en main par des analystes financiers pour en assurer un meilleur rendement, les trackers sont des outils de gestion passive. Leur performance dépend uniquement de l’indice sur lequel ils sont indexés. Cette « passivité », si elle rend l’investisseur totalement responsable de ses placements, lui permet de payer des frais de gestion 4 à 10 fois moindres que ceux réclamés par les gestionnaires d’OPCVM. En outre, les trackers sont cotés en continu sur les marchés boursiers, ce qui n’est pas le cas des OPCVM.

La fiscalité des trackers

La fiscalité des ETF est la même que celle qui pèse sur les actions. Ainsi les dividendes versés peuvent être ajoutés aux revenus du bénéficiaire et imposés au barème progressif de l’impôt sur le revenu (sous réserve de l’application d’abattements), ou être soumis à un prélèvement forfaitaire libératoire de 18 % auxquels s’ajouteront des prélèvements sociaux au taux de 12,1 %.

Pour ce qui concerne les plus-values réalisées en 2010, au-delà de 25 830 € de valeurs mobilières vendues dans l’année, elles sont soumises à l’impôt au taux de 18 %.

À noter
les prélèvements sociaux de 12,1 % sont, quant à eux, dus sur ces plus-values dès le 1er euro de cession.

Enfin, on peut rappeler ici que certains ETF sont éligibles au PEA et même à certains contrats d’assurance-vie, permettant ainsi une défiscalisation de leurs revenus.

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